Mieux accueillir

16-09-14-atCet article a été réalisé par Philippe Thillay de Associations-et-Territoires en Octobre 2016.

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Sous l’impulsion de l’État, avec le soutien des collectivités locales, les mouvements d’éducation populaire  ont au cours des années 60 et 70 largement contribué à couvrir le territoire d’institutions socioculturelles: 17 000 centres de loisirs, 1200 MJC, autant de centres sociaux, de foyers ruraux…il n’existe pas un canton où l’on ne trouve une structure de ce type qu’elle soit destinée à accueillir, les enfants, les jeunes, les familles, les personnes âgées, les vacanciers… Cette couverture institutionnelle  est ici aussi spécifique à notre Pays. Elle renvoie à l’approche fonctionnelle qui a présidé sous l’égide du commissariat au plan, à l’aménagement du territoire. Pour chaque fonction sociale, une institution  avec une unité de lieu, de temps, de fonction, des règles définies et des acteurs  bien identifiés. Cette démarche  présentait l’avantage de conforter la cohésion sociale, de créer des références communes que l’État a pu accompagner pendant plusieurs années. Ainsi par exemple, au début des années 70 du projet « 1000 clubs » qui a permis en quelques mois, à l’État d’équiper  des centaines de communes en lieux d’animation. Mais au tournant des années 80,  sous l’impact des lois de décentralisation mais aussi de l’évolution des modes de vie,  du développement  des pratiques numériques…, les comportements se sont individualisées, les frontières entre les temps de vie se sont estompées. De nouvelles pratiques sociales  ont vu le jour, bousculant les modes de fonctionnement  de ces institutions socioculturelles.

1.Des éléments de diagnostic

  • Points forts
    À l’échelle de la Normandie, des  centaines de structures équipent les territoires locaux. Elles peuvent servir de points d’appui aux politiques socioculturelles des pouvoirs publics et à l’action des associations locales. Ces institutions bien souvent sont des points de repères pour les bénévoles et les associations locales.
  • Points faibles
    L’institutionnalisation  des structures de jeunesse et d’éducation populaire est aussi leur point faible. Les modes de fonctionnement parfois imposés par les textes réglementaires peuvent enfermer ces structures dans des pratiques peu ouvertes  aux mutations de monde: heures d’ouvertures, activités pratiquées, modes d’inscription, gouvernance du projet… Autant de questions qu’il n’est pas toujours  faciles  d’aborder, notamment  quand les contraintes budgétaires sont  fortes.
  • Opportunités
    La création des nouveaux territoires de coopération au 1er janvier 2017 est une réelle opportunité pour faire évoluer les projets des structures locales. Dans le cadre des nouveaux périmètres, des nouvelles compétences, les collectivités mais aussi leurs partenaires,  vont devoir repenser l’animation du territoire, redéfinir leurs modes d’intervention. Dans le même ordre d’idée, la généralisation des projets éducatifs de territoire invite les acteurs locaux à repenser leur mode d’action,  les partenariats avec les autres acteurs éducatifs. L’attractivité est aujourd’hui une préoccupation majeure des collectivités. Attirer des habitants, des entreprises nécessite d’avoir  une approche globale du développement  locale. Les zones d’activité et le logement ne suffisent pas. Il faut aussi proposer les  services, donner envie de venir ou de rester vivre au pays. Les acteurs de l’éducation populaire  ont là de réelles cartes à jouer, mais il leur faut eux aussi, faire évoluer en conséquence leur manière d’agir.
  • Risques
    Deux risques principaux peuvent être identifiés. D’une part, les responsables des politiques de développement peuvent être tentés concentrer leur action  sur des chantiers  pensés comme prioritaires: les entreprises, l’école, les modes de garde des petits enfants…, sans prendre en considération  les interdépendances entre les différents facteurs. D’autre part,  les acteurs socio-éducatifs eux-mêmes  fort leur passé institutionnel peuvent hésiter à réinterroger leur mode d’intervention et prendre ainsi le risque de se couper  des pratiques des habitants et de laisser émerger des solutions alternatives  qui ne s’inscriront pas nécessairement dans un projet de développement et de cohésion sociale.

2.Des propositions

  • La qualification des acteurs
    L’atelier  sur ce thème, organisé lors du colloque en octobre 2015 a souligné la nécessité de penser la rénovation des modes d’accueil par la qualification des acteurs.  Réorganiser les espaces, requalifier le bâti ne sert à rien si  les acteurs ne sont pas associés au projet  et qualifiés en conséquence. Nous proposons de développer  un parcours de formation  destiné aux responsables des  projets sur le thème: projet socioculturel et mutations sociétales
  • Expérimenter de nouvelles approches territoriales
    Comment passer d’une logique de stock (animer un espace pouvant accueillir un nombre déterminé de personnes) à une logique de flux (aller à la rencontre des tous toutes les personnes  concernées par le projet). En passant par le territoire. Ce n’est plus la structure qui fait référence, mais le territoire au sein duquel, est la structure. Cela passe par le développement  d’un réseau d’acteurs reliés entre eux, maillant le territoire, un polycentrisme maillé aurait dit la DATAR. Nous proposons  d’expérimenter cette démarche avec sur des territoires  volontaires.
  • Des grands travaux
    Dans les années 70, l’État a su trouver les moyens  pour développer les 1000 clubs. Beaucoup des équipements socioculturels  datent de la même époque et mériteraient, voire devraient (de par les normes actuelles), être rénovés. Nous proposons de travailler  sur la mise en place d’un plan d’ensemble qui ne serait pas nécessairement  très coûteux,  pour donner tout à la fois un coup de jeunes aux espaces d’accueil et soutenir les entreprises de notre  région.
  • Pourquoi l’éducation populaire, l’action socioculturelle
    Les associations de jeunesse et d’éducation populaire ont historiquement mission d’accompagner l’épanouissement de la personne et porter le développement collectif. La plupart des dirigeants socio-économiques de notre pays, peuvent témoigner d’une expérience au sein de nos mouvements ou du monde sportif. La crise des années 80 cependant, nous a peu à peu détournés de notre mission première pour nous enfermer dans les logiques de lutte contre l’exclusion. Si nous ne  refusons pas cette dimension de nos activités, nous pensons essentiel cependant de ne pas nous enfermer dans  des logiques qui parfois voisinent la relégation. La lutte contre l’échec éducatif des enfants, des jeunes,  mais aussi des adultes  passent par la rencontre des parcours, le croisement des expériences : soutenir l’individu, être au service de tous. Des questions comme la citoyenneté, la laïcité, les  exclusions, les migrations…, doivent interroger nos projets. Nous ne sommes pas seulement  des animateurs occupationnels. Nous proposons d’animer  sous forme par exemple d’un séminaire  régional, une réflexion  sur le contenu des projets éducatif; Comment les territoires ‘ouvrent à de telles questions?

3.Des sources

  • Documents
    la caf et l’animation de la vie sociale :  le-point-sur-animation-vie-sociale.pdf
    Le projet des centres sociaux et espaces de vie sociale se fonde sur une démarche globale et sur une dynamique de mobilisation des habitants pour apporter des solutions aux besoins des familles et à leurs difficultés de vie quotidienne, mais aussi pour répondre aux problématiques sociales collectives d’un territoire

Nantes et l’animation sociale et culturelle
À Nantes, l’animation sociale et culturelle repose sur une très grande diversité d’acteurs. Afin de garantir une plus grande cohérence des actions et de favoriser leurs articulations, mais également de renforcer son soutien à cette pluralité d’acteurs, la Ville de Nantes engage une nouvelle gouvernance de l’animation sociale et culturelle…

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