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La qualification professionnelle

Cet article a été écrit par Philippe Thillay de Associations-et-Territoires en Septembre 2016

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1.Le cadre

Les partenaires de la branche professionnelle de l’animation distinguent trois familles de métiers: l’animation, l’administration les techniciens (cuisine, logistique…). Si les diplômes et qualifications permettant d’accéder à ces deux dernières familles sont communs à d’autres branches professionnelles, ce n’est pas le cas des métiers d’animateurs. Le conseil supérieur de la fonction publique territoriale dans un récent rapport sur la filière animation pointe la précarité qui aujourd’hui encore, sous-tend  la filière et la fragilise. Les métiers de d’animateurs s’enracinent dans l’animation bénévole et volontaire dont les diplômes trop souvent encore, servent de première qualification professionnelle. Au sein de l’éducation nationale, il existe bien certains diplômes comme le CAP petite enfance, le Dut carrières sociales, certaines licences professionnelles… Mais il n’y a pas à proprement parlé de filière de formation initiale comme on la trouve dans d’autres secteurs d’activités ou des pays comme le Canada par exemple.

16-09-27-qualificationsFigure 1: les formations qualifiantes (source Uniformation)

Au sein de la branche professionnelle, la majorité des salariés travaillent dans des structures de plus de 20 salariés avec pour 75% d’entre eux, des contrats en CDI. Ils ont pour la plupart (70%) une formation générale niveau bac ou supérieur. Pour autant, 90% des entreprises ont moins de 20 salariés, 70% des emplois sont à temps partiel et 40% des salariés seulement, ont une qualification en rapport à l’animation. Ces chiffres confirment les constats faits par le conseil supérieur de la fonction publique territoriale. La filière souffre d’une sous-qualification professionnelle chronique. Le tableau ci-dessous mis en ligne  sur le site de la DRJSCS de Normandie, rend bien compte du cheminement particulier que doivent suivre les candidats aux métiers de l’animation. Parcours d’autant plus complexes qu‘ils doivent la plupart du temps, trouver les moyens de les financer.
16-09-27-qualifications2Figure 2: source Site internet drjscs Normandie

2.Des questions

  • Les forces

Les métiers de l’animation comme beaucoup d’emplois liés aux services, se développent. France Stratégie dans son récent rapport sur le futur des métiers, entérine cette perspective à moyen terme, même si les métiers de l’animation évolueront moins vite que d’autres métiers de ce secteur d’activités.

16-09-27-qualifications3Figure 3 : source France stratégie les métiers en 2022 (avril 2015)

  • Les faiblesses

L’absence de formation aux métiers de l’animation dans le cadre de la formation initiale (prise en charge par l’État) fragilise le secteur. Pour accéder à ces emplois, il faut la plupart du temps, passer par un sas plus ou moins difficile à franchir fait de bénévolat, de contrats précaires, de petits boulots. Si l’animation volontaire et bénévole, qui permet aux citoyens et notamment aux jeunes de participer à l’accueil des enfants au sein de la cité, est une richesse, elle devient faiblesse lorsqu’au nom de la contrainte budgétaire, elle se substitue à de vrais emplois. Les partenaires sociaux l’ont bien compris, eux qui depuis plusieurs années déjà, tentent de trouver un modus vivendi permettant de faire la part des choses. La démarche n’est pas facile à conduire.

  • Les opportunités

Le déploiement des projets éducatifs de territoire, rendue obligatoire, est une réelle opportunité pour le développement des métiers de l’animation. L’approche territoriale permet de resituer le projet scolaire dans un environnement éducatif plus global, s’ouvrant aux temps péri, post et extrascolaires. Sur une année de 8500heures, l’école fonctionne moins de 1000 heures, le sommeil occupe 3500 heures du temps des enfants. Il reste donc 4000 heures où les enfants sont ailleurs. C’est le temps pour soi, pour les « obligations domestiques », mais aussi pour les activités sociales, culturelles, sportives… Fait de découvertes, d’apprentissage, de rencontres des autres, de mises en pratique des acquisitions scolaires…, le « Temps libre » est éminemment éducatif. La prise en compte de ces temps de vie  dans le projet éducatif de territoire passera nécessairement par un renforcement de la qualification des professionnels.

Par ailleurs, Créer une filière de formation initiale aux métiers de l’animation, quand on sait l’attrait qu’exercent ces missions sur les jeunes,  pourrait contribuer positivement au projet  du gouvernement de lutter contre la sortie prématurée du système scolaire des jeunes de 16 à 18 ans.

La recomposition des structures intercommunales et de leurs compétences en 2017, favorisera également, l’inscription de l’animation dans le paysage territorial. Bon nombre de collectivités vont s’interroger sur l’opportunité d’intégrer ou non les domaines de la jeunesse, de la vie sociale, de l’éducation dans leur champ de compétences. Celles qui le feront, pourront avoir une approche globale du projet éducatif, réorganiser les moyens, développer des économies d’échelle, mettre en place des bras de leviers nouveaux. Cette ouverture aux territoires enfin, sera une opportunité pour les acteurs de l’animation de valoriser leur contribution au développement des territoires, de leur attractivité pour les ménages et les entreprises… De nouvelles synergies pourront voir le jour et mobiliser de nouvelles ressources qu’elles soient financières ou humaines…

  • Les risques

Mais ces opportunités sont autant de risques pour les acteurs de l’animation. Les nouveaux territoires dans le cadre des contraintes budgétaires, pourront être tentés de faire passer l’éducation et notamment les temps non scolaires au second plan. Les nouveaux élus pourront au prétexte de la rationalisation, de la recherche d’économies,  provoquer la « fusion-absorption» de structures ayant des missions similaires, sans tenir compte de leur identité, et des conditions spécifiques à l’engagement bénévole. Dans le même temps, les structures d’accueil et notamment les associations au nom de la spécificité de leur projet, pourront refuser cette ouverture aux autres, cette inscription dans les dynamiques de territoires, et donner par là-même, autant d’arguments à ceux qui voudront se passer de leurs services.

3.Des actions possibles

Ce rapide tour d’horizon permet de souligner les  enjeux et les  perspectives  qui s’ouvrent  aux professionnels de l’animation. Les années qui viennent  ouvrent le champ des possibles. Saurons-nous le mettre à profit ?

  • Un CEP
    Dans le cadre des priorités données par la région au développement économique, aux projets de territoire et à leur attractivité, consolider et structurer la filière animation pourrait être d’une grande utilité. Nous pourrions renforcer la qualité des services, pérenniser l’offre, renforcer la réussite éducative et soutenir le bénévolat ce dont comme le souligne Recherche et Solidarités, notre région a bien besoin (cf. les bénévoles)
    Le contrat d’études prospectives est une démarche d’appui aux mutations économiques. Ce dispositif permet d’anticiper les changements et d’orienter les décisions en matière de développement de l’emploi et des compétences sur un secteur d’activité et/ou un territoire. Il porte sur la réalisation d’études visant à établir : un diagnostic économique et social, des hypothèses d’évolution à court et moyen terme, des préconisations d’actions pour accompagner les évolutions de l’emploi et des compétences.
    Le contrat d’études prospectives est un contrat passé entre l’État et les organisations professionnelles et syndicales représentatives dans un (ou plusieurs) secteur(s) d’activité ou sur un territoire. Lorsque le recours à un contrat d’études prospectives ne se justifie pas en raison notamment du périmètre plus circonscrit de l’étude envisagée, il est possible de recourir alors à l’appui technique. Celui-ci peut consister en un diagnostic sectoriel ou territorial sur les difficultés de recrutement d’un secteur et/ou une branche, la gestion des âges sur un territoire, les nouveaux besoins en compétences sur un territoire en évolution… (Source ministère du travail)
  • Vers une filière de formation initiale
    Expérimenter dans le cadre de l’éducation nationale des parcours de formation menant à des diplômes comme des CAP, des BEP en animation, des BTS voire des formations d’ingénieur comme cela peut exister ailleurs.
  • Conduire une mission d’expertise
    A l’échelle européenne, voire internationale observer comment se structurent les filières correspondantes à l’animation. La découverte de pratiques différentes, des approches comparatives pourraient être très enrichissantes.
  • Faut-il créer un CFA
    Souvent les réticences s’expriment à propos de la mise en place de formations initiales, au nom de l’alternance qui serait nécessaire à la formation des animateurs. Cette manière de faire n’est pas incompatible avec les exigences de la formation initiale, il suffit de s’organiser en conséquence. On évoque souvent à cette occasion la création d’un CFA de l’animation qui permettrait de conjuguer parcours de formation initiale et expérience professionnelle. Les questions à résoudre sont nombreuses dont notamment le financement d’un outil par des bénéficiaires qui sont pour beaucoup, exempts de cotisation…

4.Des sources

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