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Marges au centre, centre à la périphérie

la vie associative en danger?

Lorsqu’elle place les marges au centre de ses préoccupations,
l’action publique déplace d’autant le centre vers la périphérie.

Associations-et-Territoires est né fin 2017 du sentiment que le modèle associatif issu des années 60 était à bout de souffle et qu’il devenait urgent de repenser les modèles, de renouer avec la « Recherche et Développement ».

Dans un premier temps, pour faire connaître notre projet et partager notre démarche, nous sommes allés à la rencontre d’une centaine de partenaires potentiels : des associations, des entreprises, des élus, des responsables de services, des fondations, des administrations, des ministres, la Présidence de la République… en Normandie et à Paris.
Notre démarche a été plutôt bien accueillie. Souvent, nous avons été félicités de la pertinence de nos analyses et de l’intérêt des perspectives évoquées… Nous avons même été invités à « évangéliser » la France.
Mais au moment où nous évoquions les perspectives d’un partenariat plus opérationnel, la dynamique s’effondrait. Deux arguments nous étaient alternativement opposés :

  • « La vie associative ne relève pas de notre compétence, nous soutenons les projets à vocation économique» nous disait-on,

  • Ou bien alors « votre champ d’action est trop large, il faut viser un public ou un territoire plus ciblé, prioritaire …».

Cela étant, ces réactions n’étaient pas pour nous étonner. Elles sont celles que reçoivent beaucoup d’associations voulant, au-delà des marges et des territoires prioritaires, servir l’intérêt général. Elles illustrent même, le bien fondé de notre projet.

Les associations devraient choisir entre le « caritatif » d’un côté (celui des fondations) ou « l’économisme » de l’autre (celui des développeurs, des aménageurs). Être du côté des territoires et des citoyens dans leur diversité, cette démarche qui a été au cœur de la Vème République et qu’on retrouve dans la plupart des Pays voisins, ne serait plus de mise.
Beaucoup d’associations n’ont pas le choix et doivent, pour survivre, se plier à ces exigences, allant même parfois à se réclamer d’une autre économie pour expliquer leur conversion.

Si cette tendance devait se confirmer, cette évolution pourrait être lourde de sens et dangereuse à moyen terme :

  • En plaçant les marges au centre de leurs préoccupations, les politiques publiques placent de fait, le centre à la périphérie. On peut certes discuter du bien-fondé des analyses avancées par Christophe Guilluy dans la « France périphérique », mais il reste que nombreux sont les citoyens ordinaires, les associations des villes et villages qui se sentent aujourd’hui abandonnés, avec le sentiment que tout va vers les marges. Le ressentiment progresse, il n’y a pas que  les centres villes qui s’appauvrissent, c’est toute une partie de la vie sociale qui régresse.
  • Au plan économique, s’il est de bon ton de souligner que les associations pèsent 10% de l’emploi en France, que ces emplois ne sont pas exportables, que certaines associations font le chiffre d’affaires de grosses entreprises, que d’autres encore sont de véritables start-ups…  faut-il en déduire pour autant que toutes les associations sont des entreprises ? Raisonner ainsi comme certains nous y engagent, c’est tout bonnement nier la spécificité du fait associatif, c’est rayer les associations de la carte, c’est mettre en péril le développement de la France.

L’association c’est d’abord, une affaire de bonne volonté, de liberté d’être ou de ne pas être là, d’engagement, de responsabilité personnelle… Gérer une association comme une entreprise, c’est prendre le risque de mettre à mal cette spécificité si nécessaire à l’esprit d’initiative, à l’apprentissage de la responsabilité, à la pratique du vivre ensemble… et au bout du compte, à la convivialité et l’attractivité des territoires.

Le Premier Ministre a annoncé la présentation au printemps prochain d’un plan de développement de la vie associative. Nous sommes peut-être à la veille d’un moment crucial pour le futur des associations et plus largement de notre société.

  • Va-t-on au nom des contraintes économiques, des nécessaires priorités à faire, réduire l’espace associatif au domaine caritatif et ce faisant, renouer avec les bonnes œuvres d’antan ?
  • Va-t-on au nom de l’efficacité économique inviter les associations à se transformer en entreprises comme semble nous y inviter les débats sur les entreprises d’intérêt général ou les dispositions du projet « French Impact »?

A cette double alternative, nous en proposons une troisième:

Reconnaître la place spécifique occupée par le fait associatif
sur les territoires
 aux côtés des entreprises et des collectivités.

Chacune des trois entités Collectivité, Entreprise et Association concourt à l’animation et au développement du territoire. Elles sont complémentaires et indissociables. Il ne sert à rien de les opposer. Toutes les trois sont confrontées aux mutations de notre société et doivent y faire face. Toutes les trois doivent être accompagnées dans cette démarche.
Les collectivités, les entreprises le sont, faisons de même pour les associations. C’est le sens de la contribution que nous avons publiée en ce début d’année et tentons de faire partager.

 

 

 

 

 

 

 

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